Exposition « Machine à [in]habiter » de Sébastien VENIAT au Collège jusqu’au 7 juillet 2022

Deux séries distinctes et complémentaires sont présentées et entrent en résonance dans le cadre de ce projet d’exposition.

La dimension liminale et cyclique de l’habitat individuel est inhérente aux deux séries. En revanche, les états transitoires diffèrent, qu’ils soient fonctionnels, sociaux et humains.

En effet, malgré un ancrage commun dans le présent, la série Machine à habiter est dans le devenir alors que la série Quand les portes ne parlent plus s’inscrit déjà dans le passé.

Ainsi, de la construction à la décomposition, de l’apparition à la disparition, de la présence programmée à l’absence, de l’ouverture à la fermeture, du dialogue au silence ; les deux séries communiquent, se complètent et s’opposent simultanément.

Série Machine à habiter

10 impressions jet d’encre sur panneau alvéolaire aquilux 3,5 mm (600g)
120 x 80 cm
Série débutée en 2021

Selon les mots de Le Corbusier, « Une maison est une machine à habiter » mais « habiter est un art » comme le souligne Ivan Illitch.
Le philosophe revendique ainsi « une liberté d’habiter ». En revanche, lors d’une conférence (L’art d’habiter, 1984), il affirme que « les humains n’habitent plus, ils sont logés, c’est-à-dire qu’ils vivent dans un environnement qui a été planifié, construit et équipé pour eux ».

Avec cette série, je m’intéresse à la dimension technique, fonctionnelle, standardisée et reproductible d’une maison individuelle dans sa phase de construction. A ce stade, l’expérience humaine ; celle de la présence, de l’existence, de l’usage et du quotidien est une perspective, une promesse dont l’aspect purement technique et utilitaire prévaut pour y parvenir.

Pas encore habitée, ni habitable, la maison individuelle en construction s’inscrit dans un espace liminal, en suspens entre un avant et un après, dans une zone floue qui semble s’affranchir du temps et de l’espace.

Dans une plus large mesure, en résonance avec des problématiques telles que l’expansion urbaine, le mitage, la disparition croissante de terres agricoles ou encore l’individuel sur le collectif, cette série me permet de porter un regard sur ces territoires mi-urbains, mi-ruraux, à la lisière entre les deux dont les contours eux-aussi demeurent flous et incertains.

Les photographies sont en noir et blanc afin de souligner la standardisation et la multiplication de certains modèles d’habitats en cours de construction. Par ailleurs, les photographies sont volontairement floues afin de matérialiser la dimension liminale de chaque construction en phase d’étape. Spatialement, ce sont des lieux vides qui s’inscrivent dans un temps suspendu.

En outre, à l’instar du support et des dimensions d’un panneau permis de construire, chaque photographie est imprimée sur un panneau alvéolaire aquilux de 120 x 80 cm.

Série Quand les portes ne parlent plus

10 monotypes à l’encre, gesso et ciment sur papier (200g)
50 x 65 cm
Série débutée en 2020

Selon le philosophe et sociologue Georg Simmel, un mur est « muet » tandis qu’une porte « parle » car elle s’ouvre et se ferme. Elle dialogue avec les espaces.

Dans le même esprit, cinquante ans après, l’anthropologue américain Edward T. Hall distingue deux catégories : les « espaces fixes » et les « espaces semi-fixes ». Les premiers ne sont pas modifiables par l’être humain (ex : les murs) alors que les seconds le sont (ex : les portes). Edward T. Hall parle alors d’un « langage silencieux » entre ces deux espaces.

Une fois murée, la porte ne dépend plus de l’espace « semi-fixe » mais « fixe » et « muet ». La porte est réduite au silence et demeure résolument fermée telles « les lèvres d’une bouche hostile à tout dialogue » selon les mots de Thierry Paquot.

Avec la série Quand les portes ne parlent plus, je m’intéresse à la relation qu’entretiennent les hommes avec leurs espaces sociaux urbains et plus précisément à la dualité dialogue / silence que la porte d’une habitation une fois condamnée peut engendrer.

Par ailleurs, j’oriente également mon propos sur la dimension mémorielle individuelle et/ou collective de ces lieux désormais inhabités, abandonnés et voués à demeurer en l’état ou bien à la destruction.

Documents joints

Article Liberté Article Ouest-France

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